Une parenthèse de vie

124 pages
Tarif de souscription jusqu’au 14 septembre date de sortie en librairie

Une parenthèse de vie de Robert LAURENT

4e de couverture

 Deux protagonistes, deux compagnons d’infortune, se rencontrent le dernier mercredi de chaque mois, à la même heure, dans le même lieu. 

Entre eux, seuls quelques mots convenus et banaux pour toute relation. Mais l’échange entre ces deux hommes se révèle bien plus fort à travers les regards, à travers les non-dits. Les livres, leurs lectures, deviennent les instruments de leur complicité. 

L’auteur réussit ce tour de force d’écrire un livre où les mots passent au second plan et où, pourtant, tout y est décrit avec nuance et profondeur. 

Premières pages

Un mercredi…

2051 ou 2052, qu’importe. 2051 ou 2052, ici, là-bas ou ailleurs, ce mercredi reste un peu particulier pour Diego, vieil infirmier de 62 ans. Ce mercredi sera son dernier mercredi, son dernier jour. 

Voilà déjà bien des années qu’il exerce dans ce service de cancérologie. Il est allé parfois dans d’autres lieux, aux urgences, en médecine, en chirurgie… Mais pour revenir vers ce service si singulier que représente l’hospitalisation de jour. 

Dans ce couloir hospitalier, les patients viennent, reviennent pour revenir encore. Partir. Revenir. On s’attache. On s’habitue. On fraternise. On ose aller à la rencontre des malades. On se risque à affronter des familles en peine. Un jour le traitement prend fin. Un jour le malade gagne la partie. Un autre jour la maladie l’emporte… échec et mat. La maladie gagne encore, de moins en moins, mais elle gagne encore.

Combien de malades sont passés entre les longues mains de Diego ? Combien de sourires, de paroles réconfortantes, de petites blagues pour alléger des journées trop lourdes a prodigués l’infirmier ? Les gestes sont restés sûrs, pas de tremblement, pas d’hésitation. Son regard a su conserver ses caractéristiques initiales ; direct, franc, empli de bonté, de bienveillance. Bien sûr ses longs cheveux noirs se font plus rares, plus blancs, mais Diego garde ce petit catogan lui donnant un visage d’artiste scrutant, au plus profond des âmes, ses contemporains. 

L’infirmier fait le tour de son bureau, de son placard. Il remplit un carton de babioles, gadgets, cadeaux venus de patients ou de collègues. Il relit ces petits mots, des mots anodins, sans prétention, des mots d’une beauté réconfortante, des mots de tendresse, des mots de remerciements, de soutiens, des déclarations d’amitié, venus de patients en sursis ou de familles de disparus. Récompenses de toutes ses années de labeur, Diego ne s’en séparera jamais. Il tient à ce salaire sans valeur, tellement cette valeur est grande.

Au fond du placard, les doigts de l’infirmier perçoivent un livre. Diego attrape l’objet recouvert de poussière. Un manuscrit, le manuscrit. « Ils se sont rencontrés ». Il se souvient. Son placard est donc devenu durant toutes ces années, le cimetière du manuscrit jamais ouvert, manuscrit oublié, peut-être inachevé. Diego se souvient très bien. Simon, ce médecin malade, toujours à tapoter sur les touches de son ordinateur. Ahmed, son voisin, toujours un livre à la main.

Le soleil brille, illuminant le bureau des infirmières. Il est à peine seize heures. Il prend le manuscrit jamais ouvert jusqu’à ce jour. Avec beaucoup d’émotions, il se pose dans son fauteuil, ajuste ses lunettes et commence à lire. Il prend enfin le temps. Les bruits ne l’atteignent plus. Le voilà plongé dans une bulle de souvenirs. Oui, bien sûr, il se souvient. Comment oublier ces deux patients, si différents, et pourtant si semblables. Il lit. Il lit sans voir le temps passer. Il traverse à nouveau ce temps. Ses collègues l’interpellent pour le saluer, il n’entend pas. Il lit. Le soleil s’enfuit, il ne le voit pas. Il lit. Le ciel se colore en rouge. Il ne voit rien. Il lit. Les odeurs familières de l’atteignent plus. Il lit.

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