Protestatio

La légende de Jean l’Effrayé – Tome 2

Protestatio de Sylvie Teper

450 pages
eBook : 12 €

4e de couverture

On décapitera les traîtres…

 Que manigance ce boucher en offrant un logis à Thomas, prêtre déchu ? Qu’a donc derrière la tête ce bourgeois controversé en lui offrant du travail, dès son arrivée à Paris ? Et qui sont ces hommes qui épient Raoul, le jeune dont Thomas a la responsabilité ? 

Dans cette ville où la révolte gronde, où les corporations de marchands et d’artisans, et cette bourgeoisie en pleine ascension, se préparent à contrebalancer le pouvoir de l’Église et l’autorité du roi, Raoul, étudiant à l’Université de Paris, découvre de troublants échos de son passé que depuis toujours son entourage tente de lui dissimuler. 

C’est l’histoire d’un homme à la conscience déchirée au nom de ce qu’il pense être le Bien. D’un courageux qui brave les interdits, forgeant, de sa plume, l’espoir d’un changement dans les mentalités. Voix isolée au milieu d’individus prêts à vendre ou à tuer leur prochain pour atteindre leur but, à une époque où les idées nouvelles sont marquées du sceau de la suspicion, et réprimées par la mort. 

Les plus du roman

  • Le moyen âge au XIVe siècle à Paris 
  • L’intolérance religieuse sert de thriller à la trame du livre. 
  • La suite de Jean l’Effrayé dans une saga où les générations des héros se succèdent 

Premières pages

Thomas s’arrête, et sans se retourner vers ses compagnons, tend le bras, pointe du doigt au-delà d’une étendue aussi vaste qu’un champ de bataille, envahie par des hommes, des bêtes et bon nombre de loges en bois : la foire commerciale du Lendit, l’une des plus importantes de France. Marc, devenu maintenant maréchal-ferrant et les trois adolescents, Ysabel, Raoul et Jehan s’immobilisent aussitôt rendus à ses côtés.
— Paris est là, devant nous, à une lieue de ce gigantesque marché. Restons bien groupés en le traversant. Et attention à vos bourses et à vos besaces : le brigandage est inévitable dans un tel attroupement.
Les trois jeunes ricanent, haussent les épaules, pressent immédiatement le pas vers des divertissements qu’ils devinent et anticipent déjà. 
— Ils se plaignaient d’être épuisés, et regarde-les ! De vrais cabris, confie Thomas à son ami Marc.
Et tous les cinq pénètrent dans la foule, se mêlent aux marchands et artisans, clercs et moines, jongleurs et acrobates, colporteurs et nomades, bourgeois et bétail, provenant de tant de régions et pays différents. En même temps, ils se fondent dans un « nuage sonore » de voix, de trompettes et de flûtes, de meuglements, hennissements et bêlements.
Thomas n’a qu’une hâte : s’extraire à cet océan humain et animal qui, soumis à la panique, se transformerait en dangereux raz de marée. « Il suffit d’un fol pour la déclencher… », songe-t-il. Mais il progresse lentement, vu que Marc observe et commente chaque cheval, et que les deux garçons traînent, voulant ici se mesurer aux jeux d’adresse ou de force ; là, s’initier au jeu de paume. Thomas s’énerve, exige que Marc oublie les animaux et l’aide plutôt à pousser, à tirer les adolescents vers l’avant, afin qu’ils puissent quitter au plus vite ce lieu. En fait, il craint surtout le vol de ses livres : objets précieux, rares, aisément monnayables.
Alors rien ne le ralentira, ni les protestations de ses compagnons ni la profusion tentante de marchandises en tous genres, à portée de main. Il continue même à forcer le pas, malgré sa fatigue. Marc le talonne, et les jeunes boudent de se faire ainsi presser : depuis leur débarquement à Calais, il y a deux semaines, ils passent la journée à marcher. Donc, ils estiment s’être mérité le droit de profiter un peu de cette fête. Mais soudain, un cortège bruyant s’annonce. L’Université de Paris, en grande pompe, défile. La foule s’écarte. Certains râlent, d’autres applaudissent. Recteur, maistres de tous les collèges et escoliers braillards se dirigent vers les loges en bois des parcheminiers. 

— Que cette truandaillene nous mette pas le feu comme l’an passé ! lance un drapier, un bol de vin vide devant lui.
— Mais regardez leurs têtes ! Ils ne cherchent que la bagarre, ces sottards, enchaîne le tavernier.
Jehan dépasse les deux rabat-joie, le premier assis, le second debout près de son tonneau. Il sourit : les études ne le réjouissent guère, mais cette Université présente visiblement certains attraits…
— Je crois qu’on va bien s’amuser, souffle-t-il à Raoul. 
Mais son ami, lui, retient son souffle. Il observe cette meute de jeunes, ne les quitte pas des yeux. Il rentre juste d’un séjour de sept années paisibles en Angleterre. Et maintenant là, devant lui, défile l’Université concurrente de celle d’Oxford, où lui et Jehan ont étudié, ces trois dernières années.

Interview

Pourquoi avoir écrit ce livre ? 
Parce qu’on me harcelait pour connaître la suite du premier tome de la légende de Jean l’Effrayé 🙂

Comment vous en est venue l’idée ? 
Jje venais  de terminer  cinq récits médiévaux pour une ville bourguignonne,  quand on m’a demandé d’écrire la  légende de messire Jean l’Effrayé, personnage qui a  donné son nom  à une ruelle d’un village de l’Oise, mais dont il ne subsiste aucune trace dans les archives départementales ou régionales. J’avais donc carte blanche dans une époque que j’affectionne : le moyen âge. Protestatio est le deuxième tome de la trilogie.

Témoignage

Un coup de cœur pour cette œuvre d’un fort beau calibre qui montre adroitement combien l’auteure parvient avec adresse, et une grande finesse d’analyse psychologique, à marcher pendant quelques centaines de pages, à tour de rôle dans les souliers de cette collection variée de personnages complémentaires, qui forment ensemble un univers passionnant. 

On l’oublie souvent, puisque bien entendu un auteur s’identifie quelquefois davantage avec un ou quelques personnages, davantage porteurs d’un discours dans lequel il/elle se reconnaît, mais l’esprit de l’écrivaine est ici celui qui parvient, avec imagination, sans les juger, et avec moult nuances, à se placer tour à tour du point de vue de chacun de ces êtres très différents dans leurs valeurs et leur quête. Cela, en plus d’engendrer un univers cohérent et captivant, au sein duquel ils évolueront d’une manière dynamique, variée et inattendue, propre à nous intéresser. Et, qui plus est, à tenir compte en plus, ici, de tout un ensemble de faits historiques à mettre en interaction crédible avec une large part de fiction, qui elle implique un effort d’imagination des plus vastes. 

Relever ce genre de défi intellectuel et humain, en donnant lieu chez le lecteur à toute une variété d’émotions, est loin d’être une tâche facile. Cela fait montre à mes yeux d’une profonde capacité d’empathie, que peut-être seule l’écriture permet de développer à un tel degré, avec autant de nuances, face à des individus si différents dans leurs attitudes, modes de pensée et d’action, allant ici des plus sympathiques par leur humanité profonde, aux plus rebutants par leur fanatisme dangereux.

Martin Mercier

 Critique, auteur et dramaturge

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