L’étoile de Venise

Recto_Etoile

L’étoile de Venise de Gilles Rouyer

410 pages
eBook : 12,99 €

PrixJury

4e de couverture

 L’identité ne s’hérite pas, elle se construit...  

Le Lion Bavarois, un monument de la Première Guerre mondiale, perdu dans la forêt meusienne sous lequel on découvre un cadavre datant de la Seconde Guerre mondiale. 
Un homme qui, dans son coma, parle une langue qu’il n’a aucune raison de connaître. Les vêtements d’un enfant juif cachés dans une vieille malle avec une photo, des articles de presse et une fiche d’un officier nazi. 
Au terme de son enquête, c’est à la lumière de l’étoile de Venise que Serge Burder trouvera peut-être la clef de ce qui unit les êtres au-delà du temps et de l’histoire. 

Les plus de ce roman

  • Une interrogation originale sur l’identité qui dit aussi l’intime extraordinaire des gens ordinaires. 
  • Une enquête sur un secret familial au suspens trompeur. 
  • Une écriture fluide, soignée, visuelle qui révèle avec la même force les émotions et les convictions des personnages. 

Interview

Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ? Le besoin de ranger mes acquis et de les livrer

Pourquoi avoir écrit ce livre ? Parfois, enfant, on se dit : « Et si j’étais un enfant adopté ? » Et on s’invente une nouvelle identité. Mais hérite-t-on vraiment notre identité ?

Comment vous en est venue l’idée ? J’ai découvert par hasard que mon père avait été un héros de la résistance à 17 ans. Jamais il n’en avait parlé. Je me suis dit : « Et si mon père n’était pas celui que j’ai connu ? »

Premières pages

1.

1915 – Le saillant de Saint-Mihiel 

Le sergent Heinrich Wilhelm Reicher reprenait lentement connaissance. Une bouillie de terre lui remplissait la bouche. La boue, lourde, oppressante, écrasait son corps. Un jus de terre, glacé, détrempé par une pluie que mars n’avait cessé de livrer depuis des jours et des nuits, s’écoulait dans son cou. Il se mit à toussoter puis d’un coup à tousser violemment dans une succession de spasmes incontrôlés. Il s’assit brusquement en hurlant comme au réveil d’un cauchemar. S’ensuivirent des râlements rauques avec lesquels il recherchait sa respiration. Il cracha en grimaçant une soupe grumeleuse qui l’étouffait. La toux le reprit, spasmodique, violente. Elle résonnait dans sa tête et sa poitrine lui faisait mal. À chaque quinte, son cerveau se fracassait douloureusement contre les parois de son crâne. Ses poumons, sa trachée, tout le brûlait comme dans la régurgitation d’un excès de schnaps. Plus aucun son ne lui parvenait en dehors d’un sifflement continu et aigu. Face à lui, à quelques mètres seulement, le lieutenant Strauss se tenait debout, vacillant, couvert de boue lui aussi. L’air complètement hébété, il semblait crier des choses qu’Heinrich n’entendait pas. Ce dernier tourna lentement la tête sur sa droite. Un monticule de terre remuait comme si un grouillement de bestioles allait en sortir. 

Une main, puis un bras, puis le visage déformé de Franz émergea dans une lenteur infinie. Franz son copain d’enfance avec lequel il était allé à l’école à Heichstätt, une petite ville de Bavière à mi-chemin entre Nuremberg et Munich. Franz se redressa sur ses avant-bras, hagard, puis se mit péniblement à genou. Il cracha à son tour puis chercha à reconnaître l’endroit. Il croisa le regard d’Heinrich. Il lui sourit, bêtement, de ces sourires sans intention, juste forcés pour dire qu’on est vivant. Et puis il se mit à rire, comme on rit après une bataille de polochon, comme on rit quand on trouve son déguisement ridicule, comme on rit d’avoir pu échapper au pire, heureux du pied de nez qu’on vient de faire à la mort. 

Le sifflement dans les oreilles d’Heinrich se mua en une espèce de bourdonnement, continu lui aussi, mais avec des variations d’intensité anarchiques plus ou moins puissantes. Il chercha à comprendre où il était. Que s’était-il passé ? La mémoire lui revenait doucement en même temps que le bourdonnement s’estompait. Derrière lui, un amas de ferrailles disloquées était tout ce qui restait de l’obusier de 150 installé avec trois autres en contrebatterie de l’offensive française engagée pour réduire le saillant de Saint-Mihiel. Heinrich et ses camarades faisaient partie du 3e régiment d’artillerie lourd bavarois installé dans le bois mouton. Petit à petit Heinrich retrouva ses esprits. Il se leva, se secoua comme un chien sortant de l’eau. Il regarda à nouveau autour de lui et fit le compte :

— Schaller ! Schaller ! se mit-il à crier. 

— Ici Sergent ! fit le lieutenant dont la voix assourdie lui parvint enfin après plusieurs appels, venez voir.

Heinrich s’approcha de l’officier qui, tête baissée, indiquait du menton le corps du canonnier Schaller. Sur le dos, son cadavre au visage arraché ressemblait à un vieux pantin désarticulé qu’on aurait abandonné sur une décharge. Heinrich étouffa un haut-le-cœur. Un peu plus loin, un autre servant, le canonnier Fritz, gémissait, assis, en se tenant le ventre. Heinrich interrogea le lieutenant du regard.

— Ça ira, fit-il, celui-là devrait s’en tirer. Il faut rapidement l’emmener à l’abri du commandement. Il y a une infirmerie provisoire qui s’y est installée en attendant l’hôpital de campagne. Vous pouvez vous en occuper ?

— Oui mon lieutenant, répondit le sergent, je m’en occupe.

Le blessé fut transporté sur un brancard improvisé en empruntant des tranchées qui avaient été bétonnées dès la stabilisation du front en septembre 1914. L’entrée de l’abri se trouvait dans un bosquet baptisé par les autochtones « la taille du Hautvent ». On y accédait par un tunnel aux contours renforcés par de la tôle ondulée qui aboutissait dans une grande salle souterraine où se tenait le commandement principal. Une infirmière les accueillit et donna les premiers soins d’urgence. Puis des brancardiers emportèrent le blessé pour le conduire vers l’arrière. Un peu de répit pour lui, se dit Heinrich en le regardant partir. Dans la fournaise, la blessure est une espérance de vie.

Durant les semaines qui suivirent, malgré les nombreux bombardements successifs des Français, le 3e régiment d’artillerie lourd bavarois n’eut à déplorer aucune autre victime. Tailleur de pierre dans le civil, le sergent Reicher suggéra de construire avec l’aide de ses camarades un monument en l’honneur de la résistance de leur unité avec à côté, une stèle funéraire dédiée au canonnier Luitpold Schaller. 

L’idée séduisit l’officier qui en référa en haut lieu. La chose avait déjà été réalisée à d’autres endroits du front. L’initiative était reçue de façon très positive par le haut commandement qui considérait qu’il s’agissait-là d’un encouragement excellent pour le moral des troupes et une belle provocation à faire aux Français dans la bataille psychologique que les deux armées ne manquaient pas, aussi, de se livrer. 

Avec l’aval de la hiérarchie, au début de l’année 1916, le sergent Reicher et les soldats du troisième régiment d’artillerie érigèrent un magnifique lion de pierre juché sur un piédestal qu’ils baptisèrent le Lion Bavarois. À quelques mètres de là, se dressait une stèle funéraire. Le nom du canonnier Schaller était gravé sous une croix de Malte sculptée en bas-relief.

Quelques mois plus tard, le sergent Heinrich Wilhelm Reicher et son unité furent mutés sur le front de Verdun. Un jour sans pluie, il n’eut pas à tousser pour retrouver sa respiration, ni à conduire un frère d’armes à l’infirmerie. Emporté par un éclat de mortier, le sergent Heinrich Wilhelm Reicher rejoignit le canonnier Schaller dans le Valhalla des artilleurs.

2.

1943 – Saint-Mihiel 

Le SS-Sturmbannführer Kurt Hartmann, nouvellement affecté pour prendre la direction du SD, le service de renseignement et du maintien de l’ordre de la SS, sortit de l’abbaye Saint-Michel de Saint-Mihiel, une immense bâtisse aux origines mérovingiennes qui avait résisté aux agressions du temps et des révolutions. C’est là qu’il avait choisi d’installer son quartier général. Le lieu était assez exceptionnel pour une petite ville de province perdue dans une campagne où il ne devait sans doute pas se passer grand-chose. Avec près de neuf mille ouvrages dont de nombreux manuscrits et environ quatre-vingt-dix incunables, elle renfermait entre autres précieuses œuvres d’art, l’une des plus anciennes et des plus belles bibliothèques de France. Hartmann aimait ce genre de prise de guerre. L’abbaye bénédictine dissoute en 1790, fut consacrée par la suite à l’exercice de la justice avec d’un côté le palais et de l’autre la prison. Il n’y avait donc pas de meilleur endroit pour installer tout ce qui relevait de la police politique, de la torture et de l’emprisonnement avait songé le SS-Sturmbannführer Hartmann. « Ici, c’est comme à Venise, aimait-il dire, il ne manque que le pont des soupirs pour aller de la prison au palais. »

Vêtu de son uniforme noir, la tenue des grandes sorties et des manifestations festives, la casquette à tête de mort argentée surplombant des yeux perçants bleu acier, un nez fin et droit dominant des lèvres charnues, le brassard rouge à croix gammée sur le bras et les bottes impeccablement cirées et reluisantes dans lesquelles s’engouffrait la culotte de cheval, l’impressionnant officier s’arrêta fièrement en haut des quelques marches qui descendaient du porche vers la grande place et huma l’air quelques instants tout en jouant avec sa cravache qui ne le quittait jamais. Il regrettait que l’uniforme noir ne soit pas utilisé plus couramment dans l’exercice des fonctions et plutôt réservé aux manifestations officielles. Il trouvait que l’uniforme Feldgrau ressemblait trop à celui de la Wehrmacht, cette armée de Prussiens de l’Ancien Monde avec leurs règles et leur honneur d’un autre âge pour lesquels il cultivait le plus grand mépris. Il disait que le noir impressionnait les populations et inspirait autant la crainte que le respect. C’est pourquoi, seul maître dans la région qu’il contrôlait d’une main de fer, il aimait se pavaner dans son bel uniforme d’apparat.

— C’est une belle journée qui se prépare, Ludwig, fit-il après une ultime et profonde inspiration.

Il descendit d’un pas volontairement léger jusqu’à la voiture, une Mercedes-Benz W31 décapotable, où l’attendait son ordonnance le SS-Untersharführer, Ludwig Reiner, qui lui ouvrit la porte arrière droite découvrant la banquette de cuir sur laquelle son officier s’installa confortablement. 

— Ja, Herr Sturmbannführer, on devrait avoir un beau soleil toute la journée.

— Tant mieux, allons nous promener dans les environs, Ludwig. Je me sens l’âme à la fois curieuse et sociable, dit Hartmann. Je suis comme un touriste en goguette. 

— Jawohl Herr Sturmbannführer. Alors si vous le voulez, je vais vous montrer une petite curiosité locale.

— J’adore les curiosités ! Ne m’en dis pas plus. Allons-y.

Témoignages

J’ai adoré ! Au début, je me suis dit, pff, encore un bouquin sur les horreurs de la guerre… mais non, c’est différent, rafraîchissant, bien écrit et je n’ai pas pu m’en sortir ! Il est des livres qu’on regrette d’avoir lu car on ne peut plus les découvrir, celui-ci est de ceux là !

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23h45 hier, extinction des feux… Je l’ai lu presque non stop ce WE. Merci pour ce moment passé.
Je trouve les dialogues très bons, ce qui n’est pas simple… 
Au tout début, j’ai eu un peu peur car on présente beaucoup de personnages, en plus je n’ai jamais fait d’allemand, alors ces noms à rallonge…et comme souvent dans ce cas j’ai peur d’être obligée de revenir en arrière pour me rappeler qui est qui… Et bien pas du tout, la lecture se fait avec beaucoup de fluidité, j’ai été très prise par l’histoire, j’ai adoré. Merci et BRAVO !!! Quand on rentre dedans, impossible de sortir

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On se laisse petit à petit emporter par l’enquête menée par cet homme, enquête qui s’avère être aussi une quête. Une quête de ses origines qui nous interpelle tous plus ou moins. A la fin du livre, l’enquête s’arrête mais pas la quête.
Les descriptions précises de l’auteur nous replongent avec justesse dans une période tumultueuse où le meilleur a côtoyé le pire, mais l’humanité des personnages clés nous la fait vivre avec plus de douceur. 
Un livre écrit avec authenticité et sensibilité par un amoureux de Venise

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On en parle dans les médias

Bientôt

1 Comment

  1. Ce captivant et poignant roman s’apparente à une véritable enquête policière avec de nombreuses pistes, incertitudes et interrogations.
    Dans un style vivant, dynamique et précis, empreint de sensibilité et d’émotions parfois très fortes, l’auteur nous dépeint à merveille cette belle histoire dans le contexte de folie meurtrière dans la France occupée et la collaboration. Il retrace le parcours du héros et nous entraîne à Venise où nous tombons sous le charme de cette merveilleuse Cité.
    D’une écriture talentueuse, cette histoire montre à quel point la quête de son identité a remué le héros Serge Burder tant est fort le besoin de connaître la vérité.
    Une profonde réflexion: un livre incontournable !

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