L’équilibre

L’équilibre de Henri Girard

198 pages,
Tarif promotionnel jusqu’au 28 janvier, date de sortie du livre en librairie

eBook 8,99 €

4e de couverture

Dans ce recueil rôdent la mélancolie, le doute, l’absurde, la dérision. On s’y laisse promener en équilibre sur un fil. L’auteur en bon funambule tient fermement le balancier entre ses mains. Ses nouvelles frôlent souvent le non-sens, mais ne manquent pas pour autant de sens profond. 

L’humour, à peine esquissé ou franchement décapant, surgit toujours à point nommé et nous empêche de basculer dans la morosité.

Les plus de ce recueil de 20 nouvelles

• De l’humour 
• De l’impertinence
• De la belle écriture 

Interview

Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ?
J’écris pour tenter de donner vie aux mots que je ne sais pas dire.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Par défi personnel, n’ayant jamais auparavant écrit de recueil de nouvelles.

Comment vous en est venue l’idée ?
Par hasard, en retrouvant dans un des tiroirs de mon ordinateur des textes oubliés, plus ou moins ébauchés, émaillés de notes éparses. Ils m’inspirèrent. Ce fut un déclic. Ils correspondaient à des sujets et thèmes qui me touchaient intimement, à mon envie d’évasion hors des entiers battus, à mon humeur vagabonde. Je les repris, les triturai, les ravaudai, les bonifiai. Je parachevai cet étrange puzzle avec de nouvelles pièces qui s’inséraient pile-poil parmi les autres. Vive le hasard !

Premières pages

Naufrage

« À l’instant où j’écris, il y a dans la nuit, quelqu’un qui disparaît dans quelqu’un qui jouit. »

Phrase absolue, pense-t-il, et qui m’a condamné à la stérilité, à la page désespérément blanche. Cinq ans déjà qu’il l’a écrite. Sur une simple feuille volante, au stylo. C’était une nuit. Une nuit de solitude, d’insomnie. Il s’était relevé, s’était assis à son bureau. Les premiers mots avaient jailli. « À l’instant ou j’écris, il y a dans la nuit. » Un alexandrin. Pur hasard. Immédiatement les autres : « Quelqu’un qui disparaît dans quelqu’un qui jouit. » Encore douze pieds si l’on opte pour la diérèse et prononce « jou-it ». Hasard toujours. Pour la rime, c’est comme c’est. Nuit pour jouit. Il faut faire avec parce qu’impossible d’y changer quoi que ce soit. Mais surtout, plus rien après. Aridité absolue. Plus d’inspiration.

Aujourd’hui : texte intouchable, indestructible, gravé dans sa tête. De temps à autre il tombe dessus, le relit. Décidément, tout est dit qui le concerne. Rien à rajouter. Mais ce sentiment de frustration et d’impuissance. Cinq ans. Cinq ans qu’il est bloqué. Incapacité absolue d’écrire. La suite ou autre chose. Non, rien. Même pas une lettre à sa mère. Parfois il pense que « sa phrase » est trop belle pour lui. À lui inaccessible. Cette nuit-là, son inspiration avait tutoyé la perfection, la concision, la vérité, l’exactitude, l’indicible. Les mots avaient afflué. Chacun au bon moment, au bon endroit. En quelques secondes, son œuvre était achevée. Définitive. Vertigineuse. Ses deux lignes valaient des milliards de pages.

Comprendre ? Comprendre pourquoi. Bien sûr. Il a essayé. Il essaie encore. Il croit qu’il a trouvé. Enfin, qu’il a des pistes. Mais tout ceci ne change rien. Il ne peut plus écrire. Il a fini. Il est fini. Il est mort. Tué par sa phrase. Anéanti par ses propres mots. Oui, la mort. C’est ce qu’il reste quand on ne peut plus rien écrire.

Cela pourra paraître incroyable, mais il a été tenté de faire publier sa phrase. 

Un « livre » dont le titre aurait été À l’instant où j’écris, il y a dans la nuit, quelqu’un qui disparaît dans quelqu’un qui jouit

Et le texte : « À l’instant où j’écris, il y a dans la nuit, quelqu’un qui disparaît dans quelqu’un qui jouit. » Peut-être suivi de points de suspension.

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